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Les entretiens avec les habitants ont tous été très cordiaux, une fois le rendez-vous obtenu… En effet, il a été parfois difficile de les convaincre, au téléphone, de l’intérêt de leur témoignage. Mais, une fois ces réticences dépassées, ils nous ont accueillis chez eux, Serge Mouraret photographe, et moi-même, avec chaleur et pour certains d’entre eux, un plaisir évident à raconter leur vie dans leur quartier, leur immeuble, à partager leurs souvenirs. Pour d’autres, c’est aussi l’occasion de pointer du doigt certains dysfonctionnements, d’exprimer quelques regrets. L’émotion était souvent au rendez-vous. A noter aussi une certaine surprise face à la démarche et un questionnement souvent répété : « mais en quoi ce que nous avons à dire peut-être intéressant ? ». Ces entretiens se sont passés en toute autonomie, les propos ont été reproduits le plus fidèlement possible. Les habitants nous ont ouvert leurs portes et leur intimité avec pudeur et gentillesse.
Quelle perception les habitants ont-ils de ces questions de patrimoine ?
La notion de patrimoine est liée au vécu. L’intérêt pour le bâti transparait peu s’il n’est pas lié à l’histoire de la famille, des amis. Le patrimoine est avant tout humain, constitué de souvenirs des moments passés ensemble, des fêtes partagées dans les cours d’immeubles ou des jeux des enfants. Dans certains sites, comme la Caserne Vigneron, le bâti est lié à l’histoire industrielle, aux ateliers et à la vie de l’usine qui rythmaient le quotidien. L’usine, la maison du patron, celles des cadres et des ouvriers répondent à la hiérarchie des fonctions et font partie de la culture ouvrière. L’investissement patronal est jugé à travers l’habitat. Quant il s’agit de parler de Le Corbusier, c’est une autre histoire. Là, le sentiment de vivre dans un bâtiment hors normes est très fort.
Que ressort-il des entretiens ?
Les habitants qui vivent depuis vingt ou trente ans sur le même site sont, en général, très attachés aux lieux. Ils ont vu grandir là leurs enfants, ont suivi l’évolution du quartier et ont, parfois, lié des liens forts avec les voisins. Ils parlent alors d’une histoire commune entre l’habitant et son immeuble. Les critiques ne sont pas pour autant absentes : sentiment d’être parfois abandonné par les bailleurs lorsqu’il y a des problèmes dans l’immeuble, architectes qui se font plaisir mais ne tiennent pas compte de la vie des gens lorsque, par exemple, ils installent des balcons sous verrière, où l’on ne peut se tenir ni l’été au risque de mourir de chaleur, ni l’hiver à cause des courants d’air. |